6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 08:24

Le fonctionnement d'un site web : un logo, construction polysémiotique à fort potentiel communicatif

 

Bonjour à tous,

 

La dernière fois, nous avons parlé du lien texte/image. Le logo d'une entreprise, élément crucial d'une charte graphique, se retrouve la plupart du temps sur les sites web. Le rapport image/texte y est le plus souvent présent. Mais, plus loin que ça,un logo fonctionne sur une ambivalence très intéressante : il est à la fois construit par un ensemble de sous-systèmes comme une image classique, dont nous avons parlé mais il fonctionne également en tant qu'élément autonome sans nécessiter un quelconque lien avec une contexte spécifique.

 

Un logo est censé « marcher » n'importe où, transmettre son message dans n'importe quelles conditions et être efficace quelque soit le récepteur (le « destinataire » du shéma de la communication de Jakobson). Un logo est une construction graphico-textuelle très complexe : il fait appel non seulement à un « Signifiant » iconique ou graphique qui, lui-même, met le lecteur avec un « Signifié » qui lui-même...

 

Il existe plusieurs niveaux de dénotation ou de connotation dans une image. Un logo présente plusieurs niveaux « formels » et plusieurs niveaux « conceptuels ». Prenons 3 exemples pour expliquer cela :

 

 

Tout le monde connait ce logo, que l'on trouve à tous les coins de rue. Essayons de disséquer le « millefeuille »... Tout d'abord, ce logo est une forme (« Signifiant ») qui se divise en :

  • Un « Signifiant » iconique (dénotation) : une forme double rectangulaire noire, un carré jaune...)

  • Un « Signifiant » iconologique ou plastique (connotation) : une double barre noire, une plume rouge... (au sens purement graphique)

Ensuite, ce logo est possède un « Signifié » à plusieurs niveaux :

  • Un « Signifié » primaire (dénotation) : une double barre noire, une plume rouge... (selon le sens habituellement donné à ces images)

  • Un « Signifié » secondaire (connotation) : la plume signifie la « presse »

Remarque : le texte « presse » joue ici un rôle ambigu : si la plume signifie clairement « presse », il s'agit alors d'un texte relai, sinon il s'agit d'un texte d'ancrage.

 

Mais un logo est un tout. Au delà de la description qui vient d'être faite, on aborde la question de l'emploi de ce logo dans un contexte d'énonciation donné. Depuis le temps que ce logo est utilisé, il est maintenant devenu un objet de communication courant, il se comprend de lui-même sans avoir à le « lire », il est rentré dans la mémoire collective.

 

 

Vous la reconnaissez ? Le premier logo d'apple !

 

Celui-ci est assez intéressant. Par rapport au premier sur la presse, il est nettement plus compliqué, difficilement lisible et mal interprétable. Car celui-ci ajoute au moins un niveau d'interprétation, et on ne parlera plus de dénotation ou de connotation mais bien de compréhension ou d'interprétation. Pour le comprendre, il faut obligatoirement faire partie d'une certaine culture, avoir intégré des schémas sociaux pré-établis : vous l'aurez compris, il s'agit de Newton en train d'élaborer sa théorie de la gravité avec une pomme au dessus de la tête (la pomme d'Apple).

 

Mais ce logo va plus loin que ça. Apple est une entreprise privée et unique, contrairement au consortium à l'origine du logo « presse » et elle a une image de marque à diffuser. C'est ce qu'elle fait avec ce logo (et qu'elle fera moins avec les suivants) : elle donne une image de « culture », « science », « élite culturelle et littéraire » ; ce deuxième niveau de connotation est essentiel dans la plupart des logos.

 

Enfin, ce logo raconte quelque chose, il s'agit de la composante narrative et rhétorique de l'image. Elle raconte « Newton en train de développer sa théorie sous un pommier », elle pose un avant (comment est-il arrivé là, pourquoi ici ?...) et un après (la pomme va-t-elle tomber ? Que va-t-il faire ?...). Il induit une temporalité, souvent utilisée dans les images mais moins dans les logos (censés exprimer une idée, un concept et non raconter quelque chose).

 

Un dernier pour la route ?

 

 

Ce logo, vous ne le connaissez probablement pas encore (j'en profite pour faire un peu de pub à un ami !) mais, il est très intéressant à décrire. Il est très classique dans sa construction mais particulièrement simple et donc efficace, de mon point de vue.

 

Il se divise en trois parties : le pictogramme lui-même en 3 parties, le nom de l'entreprise (« Inside Créations ») et le slogan en trois mots. De gauche à droite, le pictogramme et les mots du slogan se croisent et représentent chacun une « facette » de l'entreprise. La souris à gauche et la plume (décidément !) à droite se lisent facilement. L'image du centre est un logo à elle seule mais signifie ici simplement les qualités et avantages du référencement. Les mots du slogan jouent un rôle d'ancrage car elle permettent de « choisir » un « Signifié » (la plume signifie ici « graphisme » alors que pour le logo de la presse, elle signifiait « presse »).

 

Enfin, ce logo dégage les idées connotatives de second degré de « simplicité », « sérieux » et « classicisme » : « Inside Creations fait des sites web graphiques et référencés et le fait bien ! » ; cela semble être le message délivré par la logo.

 

Un logo est un objet « polysémiotique » (qui utilise plusieurs sémiotiques, image, texte...) fait pour communiquer. Ses différents niveaux de compréhension le pose sur le haut de l'échelle « capacité communiquante » et est, de fait, un très bon objet d'études pour la sémiotique. Dans un site web, lui-même « objet de communication », le logo s'insère parfaitement dès qu'on construit le site selon les mêmes objectifs et principes que le logo, si on communique les mêmes idées et valeurs.

 

La sémiotique, si je ne fais ici qu'effleurer certains questions importantes, décrit et analyse des objets de communication. Elle ne porte pas de jugement ni ne donne de préconisations mais informe juste du fonctionnement de tel ou tel.

 

N'hésitez pas si vous avez des question.

 

Bonne journée !

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commentaires

Lio 09/02/2011 20:05



Bonjour, 


Cet article est concis, bien balancé et très agréable à lire.


Je me permets juste de suggérer que l'appréhension de la forme /plume/ dans le premier logo n'est pas moins tributaire d'un certain ancrage socioculturel que ne l'est le second logo. La relation
qui unit "plume" à "presse" est tout aussi arbitraire que le lien qui fait se rejoindre l'icone narrative de Newton à la pomme. Disons que la plume ne signifie pas clairement
"presse" mais le suggère dans un certain contexte, selon une certaine culture. L'assertion "la plume renvoie clairement ou explicitement à la presse" n'est pas toujours vraie, ne serait-ce que
dans un univers de référence où l'écriture s'effectue - de façon traditionnelle et/ou ancestrale - au moyen d'un roseau ou bambou taillé.


Pour les amateurs de sémiotique : Groupe µ, Traité du Signe Visuel. Ou Klinkenberg, Précis de sémiotique générale. Ou encore, concernant les logos de grandes
marques (IBM/Apple, Chanel, Waterman, Opinel,...) : Floch, Identités Visuelles. (je n'ai ni les dates de parution ni le nom des éditeurs sous la main).


Bonne soirée,


Lio



CWM 10/02/2011 09:07



En effet, de bons ouvrages !



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